les minuscules

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genève
 
Je ne te quitte pas, je prends des vacances de toi. Alors je te regarde bien, je te regarde mieux. Je vois tes Grottes, ces quelques rues qui s’animent au moindre marché, à la moindre fête. Je vois ta gare, royaume des pressés et des intoxiqués où se cache ta meilleure boulangerie et ses rayonnantes vendeuses. Je vois tes Pâquis, j’y vois les putains qui attendent le micheton en sirotant un café avec le patron iranien. Je vois ton lac et ses mouettes que les autochtones ne prennent pas assez, c’est pourtant si beau. Je vois tes banques, grandes boîtes gonflées d’argent et de panique. Je vois tes dealers, perdus dans le froid d’une Europe pavée de béton sale, en lieu et place de l’or rêvé. Je vois tes Roms se protéger du froid et de la haine avec une bien fine couverture. Je vois tes librairies, tes associations, tes maisons de quartier tisser et retisser de si précieux liens. Je t’écoute aussi. J’entends toutes tes langues dans tes trams. J’entends tes silences nocturnes, se coucher tôt pour se lever tôt, vieille calviniste dopée à la cocaïne. J’entends tes interminables travaux et tes incessantes Genferei. Et je te respire. Je sens la bise noire annoncer ton hiver, je sens déjà le vin chaud de l’escalade. Je sens l’odeur du Rhône et de l’argent. Je sens le poulet grillé et l’effervescence, si rare chez toi, du marché de Plainpalais.
Je m’en vais regarder, écouter et respirer une autre que toi, une Italienne. Elle sera plus belle, plus chaleureuse, plus exotique que toi. Mais pourtant, ma ville, c’est toi.

 

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