les minuscules

l’attente
 
Il attend. Ses fesses appuyées sur le muret, plusieurs couches de vêtements sur le dos, ses ballots bien en face de lui. Il attend. Le matin, il attend derrière la gare, sur le chemin qui mène à la poste. Puis, l’après-midi, il attend en-dessous du Pont de la Coulouvrenière, sur un banc de pierre. La nuit, il n’attend pas, il marche. Parfois il trouve où dormir, parfois il peut se doucher et boire du café chaud. Il aime être propre, il aime manger avec d’autres personnes. Mais aujourd’hui, il a trop honte, alors le plus souvent, il mange seul sur son banc de pierre. Il trompe l’attente, quelques minutes à peine. Au début, il attendait un travail. Il était fort, jeune, habile, prêt à tout faire pourvu que ce soit honnête. Mais rien n’est venu. Alors, il a commencé à attendre une petite besogne pour la journée ou quelques heures. Mais rien n’est venu. Alors c’est un contact, une parole, un sourire qu’il a attendu. Mais rien n’est venu non plus.
 
Il ne mendie pas. Il attend. Il ne deale pas. Il attend. Il ne sait plus ce qu’il attend, mais il attend.

 

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