les minuscules

 

L’ennui

 

Il a neuf ans, peut-être dix. Il prend le tram seul, quelques arrêts pour aller à l’école. Des taches de rousseur se sont donné rendez-vous sur ses joues. Blond aux yeux noisette, il est beau comme on peut l’être à cet âge. Il n’y a encore rien d’un homme chez ce petit gars, aucun trait, aucun muscle, aucune marque. Il vit encore dans ce monde légèrement autre qu’est l’enfance. Il a posé son gros sac à dos contre la vitre du tram, un sac avec des pics, une cuirasse. Un sac de mutant ou de super-héros, probablement un peu des deux. Il n’a pas de smartphone, ni d’ipad ou de lecteur mp3 – des parents courageux qui résistent malgré les disputes. Il tient un 20minutes à la main, mais ne lit pas, ne feuillette même pas. Le gratuit pendouille au bout de ses petits doigts. Il laisse ses beaux yeux noisette glisser sur le Rhône, les autres passagers, la ville. Pourtant, il ne regarde rien. Il ne fait rien. Rien du tout. Ou plutôt si. Il pense, il rêve. Sagement, il laisse de la place à son esprit, aux idées et à l’ennui.

 

 

 

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