les minuscules

 

l’idiot

 

Ses vêtements mouillés lui collent au corps. Lui, il voulait être avec eux, leur offrir les cigarettes de son père, les écouter parler des filles. Ils ont pris les cigarettes et ils l’ont jeté dans la rivière. Ils voulaient se moquer de lui, convaincus qu’il ne saurait pas nager. Mais il sait, pas très bien, mais il sait. Alors ils l’ont sorti de l’eau. Et ils ont recommencé à parler de l’école, de la dernière année qu’il fait déjà pour la troisième fois, parce que personne ne sait quoi faire de lui. Il ne peut pas couper le bois et construire les maisons, il ne peut pas travailler seul dans les rizières ou avec les animaux, il ne peut pas servir les touristes et les gros bonnets de la ville. Il est inutile, un poids mort. Alors le chef du village le laisse à l’école tant qu’il a encore l’air d’un garçon. Mais les autres, ils savent qu’il n’est pas comme eux, qu’il est plus vieux. Trois ans de plus que les aînés et pourtant personne ne l’appelle grand frère. Il aimerait tant faire partie de ce petit groupe de garçons. Ça n’arrivera pas, il l’a compris. Alors en longeant les rizières, il jette les devoirs qu’il a mis la moitié de la nuit à faire. Il regarde les feuilles planer et retomber sur les pousses de riz. Il ne retournera plus à l’école. Il trouvera quelque chose d’autre à faire pour devenir un homme.

 

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