les minuscules

 

L’éducation

 

Il s’engouffre dans le métro. Il est sale, ses pieds semblent ne jamais avoir été lavés, un peu de sang a séché sur son bras. Beaucoup de cicatrices rosissent la peau blanche. Il se pique depuis longtemps, plus rien ne sert de le cacher. D’un geste brusque, il ouvre un sachet, un gâteau de la Migros, un truffé au chocolat volé, mendié ou donné par une bonne âme. Il en fait trois grosses bouchées, sans plaisir, rapide, efficace. Il a besoin de sucre. Et puis, il n’y a que deux arrêts jusqu’à la Riponne, la place des toxicomanes lausannois. Il sort rapidement de la rame, la drogue le rappelle déjà à ses obligations. Mais il s’arrête, il cherche quelque chose. Dans sa main, il tient encore le sachet en plastique de la Migros. Alors il fait quelques pas en arrière et glisse le déchet dans une poubelle. Un jour, cet homme a été un fils, un petit garçon. Il avait les yeux bleus et les cheveux blonds. Et sa maman lui a bien appris qu’on ne jette pas les choses n’importe où.

 

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