les minuscules

 

L’absente

 

Elle marche vite. Sa jupe la suit gracieusement. Un tissu délicat, orangé. Sa tenue, son pas rapide, son maquillage léger. Une femme élégante. Une belle femme. Une belle femme pressée. Fin de la journée, elle doit encore s’occuper des devoirs des enfants, faire à manger, puis mettre la dernière touche à un dossier urgent, à défaut d’important. Elle ne l’a pas vu. Elle n’a pas vu le jeune homme qui lui jette de petits coups d’œil admiratifs, presque amoureux. Un jeune homme de vingt, peut-être vingt-deux ans. Un jeune homme séduisant, brun aux yeux verts. Il la suit depuis quelques rues, intimidé par sa propre audace. Le feu passe au rouge, il se jette sur l’occasion. Quelle heure est-il, s’il vous plaît ? Il est 18h10. Le feu passe au vert. Elle s’en va, de son pas de conquérante et il reste là, à la regarder, comme on contemple une œuvre d’art.

 

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