les minuscules

 

La beauté

 

Elle s’assied sur la machine, règle les poids et soulève. Ses muscles se tendent, elle ne grimace pas. Une athlète, dure au mal. Une belle athlète, sculptée. Des fesses hautes et rebondies, un ventre plat et solide, des bras puissants et gracieux. Une sprinteuse, une joueuse de tennis, peut-être. Avec ma cellulite, mes petits bras chétifs et mes abdos timides je l’évite. Je ferme les yeux pour ne plus voir nos reflets dans les miroirs de la salle. La douche s’annonce enfin, je peux fuir. Heure creuse, je suis seule à me laver les cheveux lorsqu’elle entre, shampoing à la main. Elle me regarde. Pas de moquerie, pas de concupiscence, pas de jalousie. Non, juste une grosse tristesse dans ses yeux. Là, dans les douches du fitness, elle se compare à moi. Effet miroir. Je sens, je sais qu’elle se trouve laide, inadéquate, indésirable. J’aimerais la prendre dans mes bras. J’aimerais lui dire qu’on brûlera toutes ces images qui pervertissent notre beauté. J’aimerais que l’eau chaude lave nos corps de nos obsessions. Mais je me sèche, sors des douches sans rien faire, sans rien dire. Elle me rejoint, farfouille dans ses affaires, jure de ne pas trouver son rouge à lèvres. Je lui tends le mien. Alors qu’elle maquille sa bouche, nous nous sourions dans le miroir.

 

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