les minuscules

 

La buée

 

7h30. On monte dans le tram en somnambule. On se replie sur sa nuit. On ne se regarde pas, on ne se parle pas. On feuillette les gratuits. On joue, on lit sur son smartphone. On somnole. On s’isole encore un moment. Un moment où les trams se transforment en bulles d’intimité, en ersatz de chambres à coucher. Lui tente de se faufiler, de  caser son grand corps contre la vitre. Il doit se mettre de côté pour éviter de me toucher de ses genoux. Il regarde le matin défiler et il laisse couler ses larmes. Sans bruit. Il pleure peut-être un amour, un emploi ou la misère du monde. Impossible de le savoir. Pour ses larmes, il a choisi le meilleur moment, le meilleur endroit pour être absolument certain que personne ne le verra, que personne ne le questionnera. Il pleure comme on le lui a appris. Seul. Comme un homme.

 

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