les minuscules

 

la Cité interdite

 

Baba l’avait annoncé il y a déjà plusieurs mois : il emmènerait toute la famille à Beijing. La place Tian’anmen, le mausolée du Président Mao et la Cité interdite. Elle s’est forcée à ne pas y croire, elle qui n’a jamais quitté sa province du Henan. Mais baba a tenu sa promesse. Le petit commerce de tuiles est devenu grand, les toits ont poussé comme des champignons et plus de cent cinquante ouvriers appellent son père, patron. Elle s’est préparée avec sa cousine, Hua. Elles ont acheté chaussures plates-formes et robe courtes à la capitale de la province. Elles ont décidé de porter du jaune – la couleur de l’empereur – pour visiter la Cité interdite. Elles ont appliqué crèmes et masques pour éclaircir leur peau. Gommer les dernières marques d’une vie paysanne, la vie du passé, la vie des pauvres. Elles se sont maquillées, coiffées, parfumées. Et le jour J est arrivé. Le ticket hors de prix, le security check et finalement, la grandeur de la Chine ancienne, là, sous ses yeux. Elle a admiré l’immense palais au milieu de milliers d’autres touristes venus de toute la Chine, ne s’est pas plainte ni de la chaleur, ni de ses pieds gonflés. Et au détour d’un escalier de pierre, elle m’a vue. Elle a crié, elle a ri et elle a osé. Osé me demander de prendre une photo, puis deux, puis dix. Son baba était très fier : des dizaines de clichés de sa famille avec une femme aux yeux bleus, et de l’anglais de sa fille, que cette curieuse femme a semblé comprendre.

 

 

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