les minuscules

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la danseuse
 
Amelia arrive au Groove, magnifiquement moulée dans une robe pull couleur chair. Ils lui tournent déjà tous autour, bavent sur ses fesses prodigieuses, se pressent pour lui offrir les margarita dont elle raffole mais se prive sagement toute la semaine. Ils exhibent leur liasse de dix dollars pour tenter de l’impressionner, esbroufe parfaitement ridicule ; Amelia est non seulement la plus belle, mais également la plus riche du quartier. Elle vient d’ouvrir son troisième salon de coiffure et tout le monde à New York sait que personne ne lisse les cheveux rebelles comme Amelia.
Elle repousse les prétendants en soufflant entre ses dents et en s’entourant de ses copines, petite troupe joyeuse et soudée depuis près de quinze ans. Les filles commandent du poulet à la noix de coco, des nachos nappés de fromage et de piments, des calamars frits. Leurs rires émergent du brouhaha et les dents blanches d’Amelia se détachent dans la pénombre du bar.
Dans le coin opposé, il se contente d’un petit signe de la main, il attend. Il attend que le groupe se mette à jouer. Dès les premières notes, Amelia se lève, commence à danser. Il patiente encore, observe les cavaliers valser entre les copines qui les repoussent pour la forme. Il est finalement temps, il inspire profondément, fend la foule et se saisit de la main d’Amelia sous les regards interrogateurs des filles. Amelia sourit gentiment, lève un sourcil, puis siffle lorsqu’elle réalise à quelle vitesse elle tourne dans les bras de ce bon vieux Paulo qu’elle connaît depuis l’école. Lorsque la musique s’interrompt, elle ne s’écarte pas, elle s’approche de son cou pour humer sa peau claire.
 
Pour séduire Amelia, il fallait la faire danser. Paulo le savait. Alors, trois fois par semaine, il s’est glissé dans un cours de salsa de Spanish Harlem, jusqu’à ce qu’il soit prêt à faire danser Amelia toute la nuit, toutes les nuits.

 

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