les minuscules

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la demoiselle d’honneur
 
Salope. Cet horrible mot tourne dans ma tête depuis des heures. J’essaie, j’essaie vraiment de le chasser, mais il revient toujours comme une rengaine sucrée entendue le matin au réveil et que l’on ne peut s’empêcher de chantonner toute la journée. Salope. Je n’avais jamais associé ce mot avec Yasmine, mais lorsque je nous ai vues toutes les deux dans le miroir, elle si belle dans son petit tailleur blanc et moi si fade dans ma robe bleue ciel, le mot a jailli dans ma tête. Salope. La jalousie s’est imposée à moi, acide et écœurante. Je n’ai pas envie de la ressentir, mais elle est là, comme un éléphant dans un magasin de porcelaines. A la mairie, c’est une tristesse assommante qui me prend la main et grimpe sans effort jusqu’à mon cœur. J’essuie une petite larme que la maman de Yasmine croit complice des siennes. Je me sens terriblement seule. J’aimerais être plus mature, j’aimerais me réjouir pour elle, mais je n’y arrive pas. Elle m’abandonne. Salope. Elle met notre passé dans une boîte et la condamne solidement avec sa jolie alliance en or rose. Salope. J’aimerais lui arracher son anneau et l’emmener dans notre vieil appartement pour boire l’apéro avant de sortir à la recherche d’un prince charmant pour le week-end, j’aimerais qu’elle m’apprenne à nouveau à me maquiller comme elle l’a fait il y a quinze ans, j’aimerais qu’elle me dise encore qu’aucun garçon ne nous séparera jamais, j’aimerais avoir à nouveau vingt ans et que ma meilleure amie m’aide à souffler mes bougies. Mais elle trop occupée à trinquer avec son nouveau mari.
Je ferme la porte des WC à clé. Je la recoiffe, la remaquille, petit à petit le reflet vert de son teint s’estompe. Son beau sourire fait le reste. Elle semble soudain complètement sobre. Elle fourre un chewing gum dans sa bouche pour y chasser l’acide goût de vomi. Elle me prend dans ses bras, me chuchote heureusement que t’es là, ma bichette. Sur la piste de danse, elle est immédiatement entourée par ses cousines hystériques, mais elle ne lâche pas ma main.

 

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