les minuscules

 

La Romnă

 

Ce soir, c’est la fête. Des Gitans français sont venus jouer. Elle veut danser. Alors elle danse. Pas très bien, pas très en rythme. Elle saute partout, se tortille. Comme une petite fille qu’elle est encore un peu. Elle ne se soucie de rien, ni de ses cheveux ébouriffés, ni des regards, ni de la vie. Elle danse, un point c’est tout. Elle voudrait partager cette joie, elle voudrait que tout le monde se lève, que tout le monde ressente l’importance de la musique. Mais elle en a assez des frères, des cousins, des oncles. Assez de leur pauvreté, de leur souffrance. Elle veut autre chose, elle rêve d’autre chose. Un petit jeune homme, à peine plus âgé qu’elle. Elle aime sa barbichette bien taillée et surtout son uniforme parfaitement repassé. Il est différent. Il n’est pas rom, c’est certain. Le jeune securitas a pour elle ce petit goût d’interdit et d’exotisme qui excitera les jeunes filles tant que le monde sera monde. Alors, elle délaisse quelques minutes la piste de danse, se faufile vers lui. Beaucoup de langues se mélangent dans leur conversation, du romani, du roumain, du français pour elle, du portugais, de l’espagnol et du français pour lui. Il n’aime pas la musique ? Si, il l’aime, bien sûr qu’il l’aime ! Alors pourquoi ne vient-il pas danser avec elle ? Il ne peut pas. Il tient bon, il a besoin de ce travail. Il continuera à surveiller la soirée. Mais dans ses yeux, l’étincelle l’a trahi. Il avait envie de la suivre, très envie de la suivre. Comme un jeune homme peut avoir envie de suivre une jeune fille.

 

 

 

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