les minuscules

la serveuse
 
Il gueule. Comme toujours, il gueule. Plus viiiiiite ! Je fais ce que je peux. C’est pas faute de l’avoir prévenu, faut une serveuse de plus. Mais non, il veut pas. Moi, je sais pourquoi il veut pas. Les sous. Pourtant, je lui ai dis, ces gens-là, sont exigeants, veulent pas attendre d’être servis. Au prix qui payent ! Mais non, je me retrouve toujours toute seule à courir partout et à m’excuser pire qu’une crêpe parce que les verres sont vides. Il sort jamais de sa cuisine, il dit qu’il sait pas parler. C’est pas complètement faux… Avec son accent de péquenot, pas sûr que ces Messieurs Dames de la ville comprendraient un broc de ce qu’il raconte ! Mais moi, je comprends bien quand il gueule viiiiite !… En plus, il voudrait que je mette des chaussures avec des grands talons de Madame et une jupe courte, parce que les clients ils aiment bien ça ! Les clients, ils ont qu’à aller voir dans le quartier chaud si j’y suis pas… déjà qu’il faut en retenir des mains, passé minuit… et pis faut le faire discrètement, sinon bobonne s’en mêle et au lieu d’engueuler son porcinet de fils-fiancé-mari, à tous les coups elle me tombe dessus ! Mais bon, il rapporte ce job. Alors je souris, je me laisse pas tripoter, ça, non ! mais je souris. Je ferai pas ça toute ma vie. Bientôt, je vais partir en voyage. Je vais partir là où les talons sont superflus et la vitesse inutile. Bientôt.

 

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