les minuscules

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la serveuse
 
Crème au beurre, pâte feuilletée, chocolat praliné. Elle regarde sa collègue ranger les luxueuses pâtisseries. Les petites bombes caloriques sont bien alignées, les traces de doigts nettoyées. Tout est toujours net ici, c’est bien. Délices au salami, canapés au saumon, mayonnaise au curry. Elle se détourne, partagée entre le désir et le dégoût. Elle est forte, elle ne mange pas. Un demi jus d’orange coupé à l’eau gazeuse, 25 calories pour la matinée. Les clientes du matin, tartelettes aux fraises, pains au chocolat, croissants aux amandes. Elle les admire, elle les méprise, ces belles bourgeoises, oisives, superbes et gourmandes. Elle leur est supérieure, elle se contrôle, elle ne mange pas. Et pourtant, elles sont si parfaites, elle est si grosse. Cette graisse encore sur ses hanches, cette peau qui pend sur ses cuisses. Le midi, salade gourmandine, quiche au fromage, burger maison pour les habitués en tailleur et costume trois-pièces. Un petit pain de seigle et une tranche de viande séchée pour elle, 75 calories. Elle s’active, débarrasse pour se débarrasser de ces quelques bouchées de nourriture. Carac, millefeuilles, macarons. L’après-midi se traîne, elle compte. Les calories absorbées, les calories dépensées. Encore un kilo, perdre encore un kilo. Elle regarde une dernière fois la vitrine chargée de délices, croise son propre reflet, ses joues creusées, ses yeux immenses et ne voit qu’un corps boursouflé, obscène. Elle voudrait une pierre, elle voudrait fracasser cette vitrine. Elle se contente de rentrer chez elle, de faire une heure d’aérobic, et de ne pas manger.

 

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