les minuscules

la terrasse
 
Il n’y a que des hommes sur la terrasse du bar à vin. Elle est seule au milieu des costumes et des cravates. Elle relève le col de sa chemise. Passe la main sur sa nuque, s’assure que ses cheveux poivre et sel sont parfaitement coupés, très courts. Une mèche lui tombe sur le sourcil droit, pas question d’en faire plus. Du pouce, elle caresse sa mâchoire, puis son nez. Elle se rassure en touchant ses traits devenus anguleux avec l’âge et la course à pieds. Elle a quarante-cinq ans depuis trois semaines. Elle s’enfonce dans son siège, ouvre les jambes et pose son coude sur le dossier, comme un homme. Elle se voit dans la vitre du bar à vin. Elle se fixe, ne fuit pas son image. Elle n’a plus besoin de se chercher, plus besoin de se défendre. Garçon manqué. Mal baisée. Gouine. Butch. Elle n’a plus peur, elle n’a plus mal. Elle est.
La terrasse s’agite. Des talons claquent. Son rendez-vous. Une collègue, un peu plus jeune, très jolie. Les hommes de la terrasse admirent discrètement la nouvelle venue avant de retourner à leur verre, un peu déçus, un peu jaloux. Les deux femmes se sourient, s’effleurent des mains. Deux verres de vin blanc. Elles trinquent, elles rient. Sur cette terrasse, personne ne se cache du soleil.

 

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