les minuscules

 

La belle

 

El Mercado San Miguel s’agite. Il est temps pour le Rioja, le jamón ibérico et la tortilla. 21h, l’heure de l’apéro à Madrid. Les touristes se pressent, mais aussi quelques hipsters et autres bobos madrilènes, à l’aise dans ce magnifique marché où se côtoient les produits bruts, les tapas décorées au caviar et les huîtres. Je sirote mon délicieux Ribera et j’admire les gens. Une délicate beauté chinoise, un groupe d’amis doucement ivres qui parlent trop fort, quatre jeunes Parisiens partis à la recherche d’une conquête ou d’une bonne cuite. Et puis je la vois. Ses chaussures brillent, des baskets à paillettes. Aucun doute, elle suit les tendances et fait son possible pour en tirer le meilleur. Un coiffeur de talent a très bien coupé ses cheveux et elle sait se maquiller. Mais rien n’y fait, aucun artifice ne pourrait cacher que cette femme ne possède ni grâce ni beauté. Des traits comme ratés, bizarrement asymétriques, une silhouette trop épaisse sur laquelle les diètes n’ont pas prise. Et pourtant, elle rit et tout le bar s’en trouve réchauffé. Elle dévore des tartines et tous ses voisins se demandent où trouver les mêmes. Elle remplit son verre et tous aimeraient trinquer avec elle. Et l’homme qui tient sa taille disgracieuse, cet homme est certainement le plus beau de tout Madrid. Et qui sait, il se pourrait qu’il soit le plus heureux.

 

<

<