les minuscules

 

La cachette

 

Le tram est plein, heure de pointe. Mais un siège est libre à côté d’un jeune homme. Il ne se conduit pas comme il faudrait, les gens l’évitent. Il effraie, probablement. Il se pelotonne, ses jambes glissent un peu sur la place libre. Il cache son visage derrière ses bras, serre ses genoux contre lui. Il refuse de voir la lumière, les gens tout autour. Il se tient comme un enfant qui voudrait dormir, mais il mesure plus d’un mètre quatre-vingts. Ses cheveux sont sales, ses vêtements abimés, mais il n’a aucune affaire avec lui, ni sac ni bière ni rien. Il est comme il est.

Il fait chaud, il pourrait trouver un petit coin solitaire pour dormir, se cacher de la lumière et du monde. Pourquoi choisir un tram bondé où il est impossible de s’allonger, pourquoi risquer de se faire rudoyer par un passager agacé par des cheveux sales ? Pourquoi ? Pour entendre la voix des autres, sentir la peau des autres, être au milieu des autres. Pour être vu. Pour exister. Pour être un homme parmi les autres.

 

 

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