les minuscules

 

La distance

 

Tout de suite, ils détonnent. Elle porte un manteau d’homme, bien trop grand sur des vêtements moulants, très élégants. Elle est belle, jeune, blonde. Lui, peau caramel, bonnet et sweat ultra-large. Il marche comme on le faisait dans les prisons américaines et comme il est de bon ton de le faire dans les banlieues françaises ou les clips de rap. Ils déambulent dans les rues de San Telmo, se sourient, se racontent leur vie. On les regarde. Bohèmes, chics et étrangers. Ils ne voient pas qu’on les regarde, trop occupés à se voir l’un l’autre. Des artistes ou des étudiants. Des Français, probablement. Une seule chose est sûre, ils viennent d’arriver. Plus que leur tenue, leur démarche, leur peau, un détail au-delà de tous les autres les rend différents. Ils ne se touchent pas. Plusieurs dizaines de centimètres les séparent et le garçon prête grande attention à ne pas envahir l’espace de la jeune fille. Il attend, il guette le moment qui sera opportun. Et elle aussi, juge, évalue le moment juste pour effacer cette distance. L’Argentine, elle, n’a que faire des distances et n’y place pas ses pudeurs.

 

 

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