les minuscules

 

La domination

 

Elle entre. Et l’espace d’un battement de cœur, le bar de l’hôtel cinq étoiles s’arrête de respirer. Elle vient chanter. Elle ressemble à une star américaine, mais encore jeune, fraîche et merveilleuse. Elle porte une longue robe blanche de diva qui moule son petit corps de poupée et fait rayonner sa superbe peau caramel. Elle s’est maquillée, coiffée avec savoir-faire. Ses bouclettes blondes et sa bouche carmin lui donnent une allure mutine et chic. Une jeune femme superbe. Vraiment superbe. On fantasme sa voix, on l’imagine grave, puissante et chaude. Mais son micro est éteint. C’est bien elle qui est au milieu de la scène, mais c’est l’homme, son père peut-être, qui chante. Le bar n’écoute pas et ne la regarde plus. Les banquiers, les héritiers, les courtiers qui sirotent paresseusement ne s’attardent pas sur la décoration. Chanteuse, maîtresse, épouse, putain. La beauté des femmes leur est due, leur appartient. Ils paient pour ça, comme pour tout le reste.

 

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