les minuscules

 

La faille

 

Je laisse ma journée couler dans le siphon de la douche. Je range pour un temps la collègue, la prof et celle qui écrit. Je me glisse dans une robe, me maquille un peu et parachève la transformation avec une pschitt de parfum. Le tissu épouse mon corps. Je vérifie les courbes. Tout est en place. Ce soir, je me veux désirable. Me refléter dans les yeux des autres. Me voir belle dans les yeux des autres. Futile, inconséquent. Délicieux. Je sors. Des amis, du vin. La musique, l’alcool, la lumière bleue étouffent la réalité. Je me sens autre. Dans cet espace où tout semble léger, facile. Où le temps n’existe plus, remplacé par le plaisir diffus des fêtards. Mais des mots m’accrochent. Une inconnue me parle de mon bouquin, de ses personnages, de ce que ça lui a fait, à elle, de lire ma famille de papier. Et là, au milieu des pupilles dilatées, des bières et des danseurs, je prends un coup en pleine poitrine. Vêtements, maquillage. Arrachés. Plus rien ne me protège. Je suis nue. Et je n’ai que faire du regard des autres.

 

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