les minuscules

 

La robe

 

Elle a travaillé toute la journée. Toujours beaucoup de clients au magasin le samedi. Pourtant, elle n’est pas fatiguée. Parce que le samedi soir, elle sort et cette idée la porte toute la journée, toute la semaine. Elle s’est offert une robe. Très moulante, courte. Puis, elle s’est baignée, enduite, maquillée, coiffée, parfumée. Un peu trop. Toujours un peu trop pour ne pas disparaître dans la pénombre de la boîte de nuit. Elle sait que ses traits manquent de grâce, qu’elle n’est pas de ces beautés qui peuvent se permettre de peu s’apprêter. Mais elle sait aussi qu’avec cette robe et quelques mouvements adéquats, des yeux s’accrocheront à elle. Elle n’a pas besoin de boire pour s’étourdir, juste ce regard, ce désir sur elle. Elle ne choisit pas. Ce sera le premier qui s’imposera. Ce soir, un homme quelconque, médiocre danseur. Mais il la serre, il la veut, il le montre. Et pour un instant, elle se sent reine. Dans les toilettes, dans la voiture ou dans un lit. Ça se terminera vite. Et l’attente d’un nouveau samedi soir recommencera. L’attente d’une nouvelle dose d’ego, de fièvre, d’amour.

 

<

<