les minuscules

 

La sieste

 

Chacun se prépare. On se cherche une position confortable dans les gros sièges inclinables, on sort une couverture, un livre, un téléphone, un maté. Chacun sa stratégie pour faire face à la route. Le retour à Buenos Aires durera un peu plus de quatre heures. Un dernier passager monte dans le bus. Un visage taillé, carré, viril. Une chemise rayée dont les boutons souffrent sous d’imposants pectoraux, des chaussures de qualité, une barbe et des cheveux soignés par un professionnel. Il nous scrute, comme un chef de meute. Il est plus riche, plus musclé que les autres hommes du bus. Il regarde donc les femmes en propriétaire légitime. Personne ne s’offusque, il est ce genre d’homme à qui on s’est habitué à obéir. Il s’assied finalement, incline le siège. Et alors que nous quittons Rosario et que la pluie crépite sur les vitres, le grand mâle alpha s’endort, la bouche ouverte comme un enfant inoffensif que seule sa mère pourrait trouver beau.

 

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