les minuscules

 

La télévision

 

Toute une famille. Des touristes vénézuéliens à Buenos Aires. On commande des sandwichs, des burgers, des gâteaux, des glaces couvertes de crème. Ils rient, s’amusent des portions gigantesques que la petite dernière ne parviendra jamais à terminer. Puis le garçon désigne la télévision qui tourne dans le restaurant. Des cagoules aux couleurs du drapeau vénézuélien, des flics invisibles derrière leur bouclier noir. Ils se taisent. Le père dégage son bras et caresse le dos de son fils. Il fait doucement pression sur la petite épaule. Puis il explique. La police a tiré sur les manifestants, regarde, là – arrêt sur image – on voit le gros fusil du policier et le jeune homme – ralenti – qui tombe en échos. Beaucoup de gens ont essayé de l’aider – gros plan – mais ça n’a pas suffi. Le garçon est mort, ils l’ont tué. Notre pays ne va pas bien, pas bien du tout. Mais on va rentrer quand même, parce que c’est notre pays. Ils ne finissent pas leurs assiettes bien trop garnies et tentent de reprendre une conversation de vacances. Le père laisse son bras, il protège son fils avec cette main dans le dos, mais une main sur les yeux, non, ce n’était pas possible sur les yeux, l’écran était bien trop grand pour être caché.

 

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