les minuscules

 

La cabine d’essayage

 

Il y a la maman. Elle se lève de son fauteuil en plastique orange, tourne autour du grand fils, contrôle le prix sur l’étiquette, souffle quelques conseils d’une langue lointaine. Elle n’ose plus remonter le pantalon. Le petit est presque un homme à présent.

 

Il y a l’épouse. Elle attend, patiemment assise sur son fauteuil en plastique bleu. Elle hoche la tête, tripote son téléphone dernier modèle, s’ennuie de voir son mari acheter chaque année le même jean beige. Elle n’a pas besoin de parler. Simplement être là, à le regarder.

 

Il y a la fille. Elle ne reste pas un instant sur son fauteuil en plastique blanc. Elle gambade, guigne dans les cabines et explique doctement à son père qu’il est le même dans tous les miroirs.

 

Il y a la petite amie. Elle laisse son sac imitation Chanel sur le fauteuil en plastique vert, se presse, fouille dans les rayons à la recherche de la dernière tendance, en experte. Elle entre dans la cabine avec lui. Elle le rhabille, le modernise et flatte son tout petit ventre, en amoureuse.

 

Dans les cabines, il y a des hommes. Devant, des fauteuils en plastique multicolore. Et tout autour, il y a leurs femmes. Les goûts, les langues, les budgets, les âges, plus aucune des ces choses n’a d’importance. Elles se comprennent, se sourient. Conseiller, rassurer, admirer, aimer. Dans les cabines d’essayage, rayon Homme, il règne une douce sororité.

 

 

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