les minuscules

 

La pizza

 

Maman nettoie une table. Deux clientes ont mangé des sushis. Lui, il n’aime pas les sushis. Il préférerait que maman vende les petits pains à la vapeur qu’il adore, mais maman a dit qu’ici, c’est les sushis que les gens aiment, pas la cuisine chinoise. Mais le bar à sushi de maman, il ressemble de plus en plus à un bar chinois quand même. Il y a un karaoké, de la bière, une machine à sous, des petits réchauds à fondues, des oncles et tantes qui viennent après le travail et des plats qui n’ont rien de japonais qui se mijotent discrètement pour la soirée. C’est les vacances pour lui, il passe toute la journée dans le bar à sushi de maman. Elle a le temps de s’occuper de lui, il n’y a pas beaucoup de clients. Sauf à midi. À midi, elle n’a pas le temps et quelqu’un d’autre vient manger avec lui. Aujourd’hui, c’est le grand-père qui est venu. Il a offert des pizzas à dix francs. Il adore ça les pizzas et maman n’en achète jamais. Avec maman, c’est toujours de la cuisine chinoise sans viande. C’est bon, mais les pizzas à dix francs, c’est quelque chose ! Le grand-père lui demande s’il a fait ses devoirs, il dit que oui, sachant bien qu’un Chinois fraîchement arrivé en Europe ne comprendrait pas le concept de grandes vacances. Ta jiao schenme ? ça s’appelle comment ? demande le vieux monsieur en désignant les couverts, les serviettes, la table, les verres. Le garçon explique et là, sur le carton à pizza, un grand-père écrit ses premiers mots de français, supervisé par un petit-fils de dix ans à peine.

 

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