les minuscules

le bracelet
 
Elle vérifie son brushing dans le reflet de la vitre, lisse son tailleur, essaie de deviner si elle s’est trop parfumée. Avec l’âge, on perd un peu l’odorat et elle n’aimerait pas indisposer les autres passagers du tram. Elle pose les yeux sur chacun, adolescent endormi, homme d’affaires débordé, jeune maman épuisée. Douce et bienveillante, bien que personne ne lui rende son regard, son sourire.  Puis une très jeune fille monte dans le tram, s’assied en face d’elle et lui dit bonjour. Elles se parlent, doucement, rient un peu. Elles se touchent même. Un bracelet. Une pacotille achetée au marché. Impossible à enlever depuis, avec l’âge, les mains tremblent, l’habileté s’échappe. Les jeunes doigts souples courent sur le poignet noueux, sur la peau tiède, ridée, douce. La jeune fille ne parvient pas à libérer le mécanisme. Le bracelet résiste, ne fléchit pas devant la jeunesse. Pourtant, lorsque la gare se profile, qu’il faut se séparer, quelque chose de très dur a cédé, le temps d’un trajet en tram.

 

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