les minuscules

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le chat
 
Il somnole paresseusement dans son panier, se roule en boule contre sa couverture pour éviter le crachin. Le fauteuil électrique avance sur les pavés. Les secousses ne dérangent pas le chat, il connaît le chemin. Tous les jours, le vieux maître l’emmène dans la grande rue marchande. Ils s’abritent de la pluie sous l’auvent de la banque. Le vieux maître souffle sur ses doigts, les frotte pour les réchauffer. Il arrange les rouleaux de musique, prend son temps pour choisir la première chanson, puis il tourne la manivelle, doucement, régulièrement. Les notes de l’orgue de Barbarie montent, résonnent sous l’auvent. La musique attire les passants. Un petit attroupement se forme. Le chat renifle des effluves d’aftershave, de croissants, de cigarette, mais il n’ouvre pas les yeux, il reste pelotonné dans sa corbeille. Des dizaines de mains timides le chatouillent. Il ronronne un peu.
Le cliquetis des pièces n’interrompt pas la musique, ni la délicieuse torpeur du chat. Il se lèche paresseusement une patte lorsque le vieux maître déplace son fauteuil, juste un peu plus loin, devant le grand magasin. De l’air chaud chargé d’une multitude de parfums les enveloppe à chaque passant qui s’engouffre dans le luxueux bâtiment. Le vieux maître arrondit le dos pour capter la douce chaleur, mais pas le chat, le chat n’a pas froid, tout contre sa vieille couverture.
Une odeur aigre de transpiration le titille, il la reconnaît finalement. Marcel arrive, il vient discuter de la pluie avec le vieux maître. Le chat baille longuement, rêve qu’il chasse une souris.
Les hommes en uniformes contrôlent l’autorisation du vieux maître, l’un deux caresse distraitement le chat, puis, le fauteuil électrique avance encore plus loin dans la rue. Des mains d’enfants courent sur les poils longs. Le chat dort, lové contre l’osier.
 
Ce n’est que le soir, dans leur toute petite chambre, que le chat sort de son panier. Il joue, ramène la souris en plastique que le vieux maître ne peut pas ramasser, puis il se couche sur l’oreiller de gauche et attend patiemment. Il attend que le vieux maître se mette au lit et lui fredonne les chansons de l’orgue de Barbarie.

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