les minuscules

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le garçon
 
Sa mère toque à la porte, augmente le volume de la radio, remonte le store. Il se lève enfin, se traîne jusqu’à la table du petit-déjeuner où l’attendent ses chocomax et un petit verre de lait tiède qu’il versera lui-même, au bon moment, sur les céréales. Il ouvre les yeux, tend la main vers le café au lait et sourit à sa mère qui commence à se maquiller. Elle a prit l’habitude de faire ça à la table de leur petite cuisine. Il se lève, dépose un petit baiser sur les cheveux maternels pas encore laqués et se glisse dans la salle de bains. De la buée recouvre le miroir, il l’efface du plat de la main. Il grimace devant les quelques boutons qui encadrent son visage, il se brosse les dents, se rase vaguement. Sous l’eau chaude de la douche, il se masturbe rapidement. Il n’aime pas se toucher lorsque sa mère est à la maison, mais il aime encore moins le faire dans les toilettes de l’école de commerce. Et attendre la fin de la journée n’est pas envisageable. Cette urgence, il paraît que ça passe. Il s’habille, se parfume, se jauge dans le miroir du couloir. Ça va. Sa mère l’embrasse dans un coup de vent, chacun part vers sa journée. Il monte dans le bus, retrouve ses copains de cours au milieu du véhicule. En face de lui, il voit une femme, elle est assise. Il entrouvre la bouche, se lèche les lèvres, émet un petit son pour attirer son attention, la montre du doigt aux copains. Elle détourne la tête.
J’ai vu un gamin monter dans le bus. Je pourrais être sa responsable de stage, son professeure, son mentor. C’est un autre rôle qu’il m’a donné, un rôle que j’exècre. Je n’ai rien trouvé d’autre que de lui inventer un matin pour m’en libérer.

 

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