les minuscules

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le maquereau du Centro Storico
 
Rihanna trépigne. Il adore ses grands yeux larmoyants et ses minuscules pattes d’araignée. Un chihuahua pure race. Il accroche la laisse au cou qu’il s’est offert avec les passes de sa première pouliche. Il vérifie sa tenue, un sweat fluo sur une veste cintrée, un jeans clair hyper moulant, des chaussures jaunes. Il donne un coup de peigne dans son impeccable afro. Il se faufile dans les rues étroites, il pleut, la chienne glisse sur la pierre. Il arrive au coin de la vieille Maria. Elle était indépendante, Maria. Elle a cédé pour lui faire plaisir, parce qu’elle avait un peu pitié de lui. Il le sait. Elle ne rapporte pas beaucoup, mais il la garde, il la gardera toujours, et il n’oublie jamais d’aller passer la nuit dans sa petite chambre tous les premiers mercredis du mois. Maria n’a que cinquante euros à lui donner. Il la pince, pas trop fort, elle fait de son mieux la vieille. Il traverse la place San Matteo, jette un œil distrait aux palais des Doria. Le coin d’Ahlam. Elle est belle, Ahlam, mais une balafre déforme sa lèvre. Frapper une aussi belle putain au visage, quel gâchis. Lui, jamais il ne ferait une telle bêtise. Mais faut reconnaître qu’Ahlam, faut la tenir serrée. Elle ne lui donne que 100 euros. Il lui assène un méchant coup au ventre, puis il lui caresse les cheveux, lui offre des bonbons à la fraise pour la fin de sa nuit. Il descend vers le Porto Antico, le coin de Diwata. Une toute petite fille, frêle et mignonne. Elle est sourde Diwata, mais faut pas se laisser abuser, elle est pas bête pour autant. Elle lui donne 200 euros. Il est content, mais il lui tire quand même les cheveux, pas pour lui faire mal, juste par principe. Il compte. Il sait qu’il ne peut prétendre à plus, il n’est pas assez courageux pour voler une fille aux gros joueurs. Il se contente des rebuts. Il règne sur l’écume des putains.

 

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Avec le soutien de la Ville de Genève