les minuscules

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le rendez-vous du ristorante le Cantine Squarciafico
 
Les voûtes de pierre, les bougies, les bouteilles de vin. Et la table ronde. Le restaurant est aussi joli que le mois dernier et que tous les autres mois. Antipasti di Salumi. Les femmes d’un côté de la table, les hommes de l’autre. Les couples ne s’asseyent plus côte à côte. Un temps, on suivait la règle un homme, une femme, un homme, une femme. C’est terminé. On se connaît trop bien. Avec les primi piatti, les Messieurs parleront des affaires, puis avec les secondi, du sport. Les Dames échangeront leurs impressions sur la programmation de l’opéra en grignotant les pâtes, puis elles passeront aux ragots avec le poisson. Et on finira tous par hurler sur Berlusconi au moment des Dolci. Trente ans. Trente ans qu’elle mange avec ces gens. Trente ans qu’elle partage les mêmes conversations. Il y a bien eu cette aventure avec Carlo. Un peu d’enthousiasme, de nouveauté. Passion vite éteinte,  il refusait de quitter Vera. Et lorsqu’elle le regarde aujourd’hui, elle ne regrette plus. Il ressemble tant à son propre mari. L’ennui l’écrase. Son téléphone vibre. Son professeur de Yoga. Un beau jeune homme brun. Elle n’est pas dupe. Elle sait les poches sous ses yeux, les cheveux trop fins, les fesses plates. Même jeune fille, ce n’était pas elle, la beauté. Magdalena brillait dans leur petit groupe. Magdalena qui, aujourd’hui, porte d’immenses boucles d’oreille en strass, comme pour attirer encore un peu cette lumière qui a déserté son visage fané. Elle n’est pas dupe, mais elle répond aux messages du professeur de Yoga. Elle fait glisser la conversation, les sous-entendus.
La grappa est douce, amollissante. Comme ce dîner, comme sa vie. Elle sirote, sourit de plaisir et d’ennui. Elle trinque au rendez-vous qu’elle vient de s’offrir avec un homme à peine plus âgé que son fils.

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Avec le soutien de la Ville de Genève