les minuscules

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Le vide grenier
 
Le quartier bruisse des discussions des femmes, des jeux des enfants, des voix faussement grosses des garçons. Le soleil les enveloppe tous, fait honneur au vide grenier. De sa fenêtre, elle goûte déjà cette ambiance. Il manque l’humidité harassante et caressante, l’odeur de la banane grillée dans l’huile chaude et la primus partagée au cabaret de Madame Mobembo. Mais bon, tout ne peut pas toujours être pareil, elle l’a accepté, il y a longtemps déjà. Sa vie est ici, dans ce quartier au si joli nom, Les Libellules. Là-bas, c’est le passé. Elle tourne la tête devant le miroir de l’entrée, contrôle le lissage de ses cheveux, l’ajustage parfait de son boubou. Elle l’a choisi blanc et framboise, elle sait que ces couleurs enjolivent les tons bordeaux de sa peau. Et puis elle veut être assortie à son mari. Elle lui a préparé une tenue intégralement blanche qui lui donne l’allure d’un prince. Les enfants attendent devant la porte. Elle passe sa main sur la crête peroxydée de son aîné. Elle n’aime pas beaucoup cette fantaisie. La passion de son fils pour les mauvais garçons du football italien ne lui dit rien qui vaille. Les jumeaux sont propres et ont intérêt à le rester. Le petit trotte derrière eux en chantonnant. Ils sont prêts. Elle ferme leur porte à clés. Et descend vers le vide grenier, la tête haute, fière. Comme il se doit, comme il le faut. Malgré les contrôles d’identité, les emplois miteux, les moutons noirs sur les affiches. Rien ne l’empêchera d’être la reine des Libellules en ce jour de vide grenier.

 

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