les minuscules

le voyageur
 
Il est fatigué, il est encore très tôt. Ses paupières se ferment toutes seules, il baîlle si fort que sa mâchoire lui fait mal. Le goût du dentifrice et du Nutella se mélange encore dans sa petite bouche. Il peine à mettre un pied devant l’autre dans ce tram rempli d’adultes pressés. Il garde les yeux mi-clos, se laisse un peu bousculer par le flot des pendulaires. Il trébuche. Son père trouve une place dans la cohue des passagers et l’assied sur ses genoux. Il lui caresse les cheveux, lui chuchote des mots doux pour le réveiller. Rien n’y fait, il aimerait dormir, rien de plus, rien de moins, juste dormir. Son père lui tapote les joues, il doit se réveiller, il commence par un contrôle de livrets. La table de 8 sort comme par magie de son cartable. Il la repousse, c’est bon papa, je me souviens, 8 fois  8, ça fait 64. Il referme les yeux, grappille voracement quelques miettes de sommeil. Puis, il sent quelque chose d’agréable, de familier sous ses petits doigts. Papa a rangé les tables de multiplication et il a sorti son livre. Son petit livre illustré, celui qui raconte l’histoire de Croc-Blanc. Bien confortablement lové contre son père, il ouvre enfin les yeux, déplie le coin de sa page et commence à lire, impatient.
Une bonne journée commence toujours par un voyage.

 

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