les minuscules

 

Le boulanger

 

Début d’après-midi, il a terminé. Mais il traine. Il frotte ses mains, propres, sur son pantalon de travail, fait semblant de contrôler ce qui a été vendu et lui demande comment étaient les clients aujourd’hui. Elle répond que comme tous les jours, ils ont aimé son pain et que les croissants sont bien partis. Elle dit tout ça en souriant. Elle sourit toujours. Et lui, il baisse les yeux. Il lui prend son plateau et la pousse du coude à faire une pause. Il débarrasse une table, sert deux habituées et laisse prudemment l’argent à côté de la caisse. Il est un peu perdu et ne veut surtout rien déranger dans son univers, son ordre à elle. Elle revient. Il n’a plus d’excuse, il doit partir maintenant. Il la salue de la main et se dirige vers l’arrière-boutique, à reculons. Il la regarde. Et elle, jeune fille sage, elle range ses tasses. Il marque quelques secondes d’arrêt. Elle a tressé ses cheveux, il peut admirer sa nuque. Bien sûr, elle sent ses yeux sur elle. Mais elle ne se retournera pas. Parce qu’elle sait. Elle sait déjà tout ce qu’il y a à savoir. Elle sait qu’il doit douter, se tourmenter, jouer avant de peut-être, l’aimer.

 

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