les minuscules

 

Le geste

 

Sur le banc, à l’arrêt du tram, la jeune fille s’appuie sur sa mère. Son visage s’enfonce dans le cou maternel, mais il n’y a pas de tendresse. Elle souffre trop. Ses yeux vides ne regardent pas, ne se ferment pas non plus. Elle supporte, rien d’autre. Silhouette trop mince. Mal dans le corps et partout ailleurs. Dépression, cancer, overdose ? Impossible de savoir. Mais la douleur écrase tout, je la sens. J’aimerais partir, mais le tram arrive. La mère monte et dirige sa fille à la voix. Elle ne prend pas son coude dans sa main, n’enserre pas ses épaules, n’enlace pas sa taille. Elle lui montre le chemin sans la toucher. La fille avance, mal coordonnée, tremblante, ses doigts glissent, s’agrippent. Elle se laisse tomber dans un siège et reste là, à endurer. Elles ne se regardent pas, ne se parlent pas. Mais la mère a avancé sa main et tient le petit genou de deux doigts. Elle ne caresse pas, ne rassure pas. Rien que ce geste, comme on empêcherait un ballon de s’envoler.

 

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