les minuscules

 

Le message

 

Têtes penchées, on pianote dans le tram. On joue, on surfe, on twette, on like, on partage, on follow, on commente. Et on s’échange des messages. L’adolescente ne peut pas lâcher une seconde son portable sans qu’il se remplisse de mots. Elle répond vite, elle discute, simplement. Un homme de l’âge de son grand-père lit par-dessus son épaule. Le businessman jongle entre deux machines, jure entre ses dents, mauvaises nouvelles du marché. Et puis, elle. Elle a ouvert l’application, mais n’écrit pas encore. Elle fixe l’écran, son pouce tremble. Elle se lance : Mon amie, comment vas-tu ? Elle efface. Mon amie, tu me manques. Elle efface encore. Mon amie, que fais-tu ? Mon amie, j’aimerais te revoir. Elle regarde son téléphone de longues minutes, l’index suspendu au-dessus du bouton envoyer. Elle n’envoie pas. Pas encore. Elle aimerait d’autres mots. Des mots plus simples, des mots plus beaux. Sur une page, un écran ou du sable, c’est toujours aussi difficile. Difficile d’écrire des mots d’amour.

 

<

<