les minuscules

 

Le regain

 

Juste à côté de la porte de derrière, à la dérobée, ne se cachent pas le cuisiner ou les infirmières venus fumer en douce. Pas aujourd’hui. Aujourd’hui, ce sont deux patients du gros EMS qui se dissimulent à l’angle de l’imposant bâtiment. Ils portent des pantoufles, mais pas de training. Madame et Monsieur sont bien habillés. Madame avec des couleurs vives et un maquillage élégant, Monsieur dans un pantalon à pinces et un veston. Ils ne fument pas. Non, ils ne sont pas venus pour fumer. Monsieur tient Madame par l’épaule et Madame enserre la taille de Monsieur. Intimement collés, des pieds à la bouche. Deux bouches un peu rigides, un peu maladroites. Ils s’embrassent comme de très jeunes adolescents. Comme surpris de leur désir, de leur corps, de leur amour. Le temps, les enfants, les petits-enfants, les deuils, les cheveux blancs, la maladie, l’EMS, tout ça. Et pourtant, rien. Rien ne les sépare de leurs quinze ans.

 

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