les minuscules

 

Le repas

 

Le soir caresse. Il fait bon. Les couples flânent, des enfants rient, les hommes jouent aux cartes. Comme un air de vacances en ville. Il a commandé une assiette, du poisson. Un verre de vin et une carafe d’eau. Il n’a pas pris de livre, de journal. Il n’a même pas de téléphone à tripoter. Il mange, puis il fume une cigarette. Encore un peu d’eau, un café, mais plus d’alcool. Il n’espionne pas les conversations, il ne dévisage pas les familles, les amoureux, les jeunes. Pas de rage, pas de jalousie, pas de tristesse. Non. Il mange seul. C’est tout. Et moi, entourée d’amis, de bruits, de vin, je pensais écrire un petit texte sur la solitude et sa cruauté. Mais je ravale ma suffisance et je l’admire. Et me rassure. Ses cheveux sont gris, il me reste un peu de temps pour atteindre cette tranquille sagesse.

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