les minuscules

 

Le casino

 

Les machines à sous clignotent, éblouissent et assourdissent. On est venus jouer quelques sous de sa petite retraite ou son dernier salaire. Il n’y a pas de touristes dans le casino de Mendoza. Peaux foncées, cheveux brillants et yeux en amande. Les Andes, quelques survivants de l’Amérique d’avant. D’avant la Conquista. Et puis, les vêtements voyants, le football sur tous les écrans, les grosses femmes avec leur mari à casquette, bien loin. Loin des élégantes bodegas de la ville et encore plus loin des quartiers chics de Buenos Aires. Quelques belles putains déambulent à l’affût du nouveau riche de la nuit, mais il est trop tôt, personne n’a encore gagné aux tables. Le casino de Mendoza pulse au rythme de son peuple, celui qui travaille le vin et pourtant lui préfère le soda pour y noyer de mauvais alcools. Ouvriers, agriculteurs et petits patrons espèrent, attendent. Attendent l’enivrante musique du gros lot, attendent l’excitation du bon numéro, la jouissance de la bonne couleur. Quinze mille pesos pour Madame. On applaudit les  gains, mais qui restera pour pleurer les pertes ?

 

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