les minuscules

 

Le clown

 

Il bruine. Bientôt, la neige, mais aujourd’hui, il fait doux. Et gris. Je marche. Je les croise. Je connais la femme. Elle vivote dans mon quartier et s’y injecte son produit. Sa peau a toujours cette teinte étrange, une peau qui semble faite d’une matière épaisse et fragile à la fois. Aujourd’hui, son visage tire vers le bas, paupières, joues, menton coulent vers le sol. Elle pleure, sans faire de bruit. Lui, je ne le connais pas. Ses vêtements sont trop grands, ils sont sales. Il vit dehors. Bruine ou neige, peu importe. Il a les mains gonflées de ceux qui se piquent et la maigreur de ceux qui ne mangent plus. Il fronce les sourcils, n’aime pas sa tristesse, à elle. Alors là, sous la bruine de novembre, il danse. D’abord, le bassin, puis les genoux. Elle essuie ses joues. Ensuite, les pieds, les bras. Elle sourit. Et finalement, tout le corps s’emporte sur le dance floor imaginaire. Elle rit et prend sa main, se laisse convaincre de danser, sous la bruine de novembre. Et deux enfants réapparaissent.

 

 

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