les minuscules

 

Le gardien

 

Il me souhaite la bienvenue et me noie de questions. Je connais le musée, je suis déjà venue, je suis genevoise, je connais l’histoire ? Je n’ai pas le temps de répondre qu’il me pose déjà d’autres questions, plus précises, plus érudites. Je ne sais pas pourquoi Genève avait une guillotine et encore moins combien de têtes y ont roulé. Alors il m’y emmène, me détaille ce qu’il reste de l’objet, son emplacement sur la place Neuve et ses trente-trois victimes. Il ne peut pas monter avec moi, il doit surveiller cet étage, dit-il en déroulant un minuscule planning. Mais il me révèle, comme un précieux secret, ce que je dois regarder, découvrir, apprécier des combles à la cave. J’admire les huit cents kilos de la grande maquette Magnin, cherche la femme à moustache sur les tableaux qu’il m’a indiqués, vérifie que la vue des tourelles va bien jusqu’au Jet d’eau. Lorsque je le retrouve, il exige un compte-rendu et s’aide des cartes postales pour me pointer l’un ou l’autre détail qui m’aurait échappé.

J’ai visité la Maison Tavel, ce symbole de la Genève bourgeoise du 19ème siècle, ce petit musée coquet où Calvin plane comme un fantôme bienveillant. Mais c’est le gardien, avec sa passion pour l’histoire de la ville et son accent des Balkans qui m’a montré le chemin.

 

<

>