les minuscules

 

Le local de vote

 

Il fait beau, beaucoup trop beau pour un 8 novembre. Mon nez savoure le soleil pendant que je cherche le local de vote. Oublié de poster mon bulletin. Bientôt quinze ans que je n’avais plus voté autrement qu’en glissant une enveloppe dans une boîte jaune. Ce beau geste, ce vieux rituel du dimanche matin, je ne l’ai fait qu’une fois, la toute première, à dix-huit ans. Après, par la poste, toujours par la poste. Je croise une vieille qui trottine, l’air du devoir accompli. Par là. J’entre dans l’école. Une grosse flèche au design vieillissant m’indique le chemin d’une salle sans fenêtre. Elle sent la poussière. Une poussière connue, une poussière qui rappelle l’enfance. Ils sont trois, fatigués, comme alourdis par le devoir. Ils semblent m’attendre. Contrôle de ma carte d’identité, de ma carte de vote. On m’annonce que je peux voter. Je glisse le papier dans l’urne jaune et rouge. Une petite blague, pas de cérémonie. Et pourtant. Pourtant, je ressens quelque chose. Quelque chose de chaud. Il est bientôt midi. Des vélos, un couple, une famille. Ils arrivent, pressent le pas. Il reste encore quelques précieuses minutes. Quelques minutes pour le rituel, quelques minutes pour donner sa voix, quelques minutes pour dire oui, pour dire non. Quelques minutes pour prendre sa place de citoyen dans ce drôle de petit pays, aux drôles de dimanches matin.

 

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