les minuscules

 

Le rebelle

 

Il avance lentement, très lentement. Il s’appuie sur son déambulateur. Il tapote son bracelet de l’hôpital. Oui, il y retournera ce soir, oui. Mais pour le moment, il marche. Il regarde. Il fait chaud, les filles sont belles. Il aimerait qu’elles le voient tel qu’il était, cheveux longs, blouson de cuir et grosse moto. Il ne lui reste que quelques touffes filasse, saloperie de cancer, et il flotte dans son t-shirt Hells Angels, saloperie de temps qui passe. Et il y a ces baskets merdiques qu’on lui fait porter. Pas assez stables les santiags. Il aimerait que ce soit faux, mais non, c’est la putain de vérité, il n’arrive plus à marcher avec de vraies godasses. Il ne pensait pas que ce serait comme ça, la fin. Il pensait que ce serait rapide, un camion dans un virage ou une batte dans la gueule. Erreur. Ce soir, il y retournera, il se laissera tripoter, piquer, panser pour vivre encore. Il ne boira pas la bière dont il avait l’habitude et ne fera que fantasmer une énième clope. Mais lorsqu’il s’agit de traverser l’une des rues les plus passantes de Genève, il n’attend pas le petit bonhomme vert. Klaxon rageur, 4X4 arrêté. Accroché à son déambulateur, il lui tend son plus beau doigt et continue, lentement, très lentement. Vivre, oui, mais se soumettre au feu rouge et aux bagnoleux, ça, jamais.

 

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