les minuscules

 

Le recul

 

Il pleut sur la Vieille Ville de Genève. Les pavés glissent, la pierre et le ciel gris se répondent. Mais on entend les tambours, on sent les notes épicées du vin chaud et les costumes d’époque frôlent les ruelles. C’est l’escalade, la fête de Genève. On célèbre la victoire, on rend hommage aux combattants qui ont vaincu les Savoyards. Il y a 415 ans, Genève perdait 17 des siens et gagnait sa grande guerre. Malgré la pluie, la fête bat son plein et le kitsch des défilés, des souvenirs et des canons d’apparat fait sourire. À l’abri d’une cour, on rejoue la sentence. 13 capturés – toujours le ridicule des chiffres – qu’il a bien fallu décapiter. Un faux juge, un faux bourreau, de fausses menottes, de faux condamnés. Et pourtant, une vraie peur dans les yeux de ce petit garçon qui recule face à la saynète. Il a eu peur du sang, de la douleur, de la violence. Toutes les villes du monde devraient fêter comme de grandes victoires de brèves échauffourées et n’avoir pour martyr qu’une poignée de sacrifiés vieux de plusieurs siècles. Chaque enfant devrait reculer devant un simple simulacre de torture. Mais il n’y a guère qu’ici, dans une cour du vieux Genève, que ça se fait encore.

 

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