les minuscules

les touristes
 
À leur sac pendouille un coussin de voyage, étrange collier de plastique sensé soulager la nuque du passager long courrier. Ils ne prennent pas le temps de ranger cet accessoire devenu inutile. Il faut se mettre en règle. Écrire leur nom sur l’abonnement général mensuel qu’ils ont acheté sur Internet. Des passeports rouges, parsemés d’étoiles jaunes, flambants neufs, sortent de pochettes secrètes. Puis un porte-mine. Le père, la mère et la fiancée fixent la main du garçon qui trace les noms sur les tickets. Il prend son temps, son père lui tient les passeports, à la bonne page. Il repose son poignet après chaque nom. Il a fini. Fier. Ils restent tous fascinés quelques instants, le contemplent, admiratifs. Il sourit, intimidé par sa réussite. Ils se détendent doucement et commencent à sortir les appareils électroniques. Une carte du Lac Léman s’affiche sur un écran tactile, leur position clignote. Seul le père reste concentré sur l’écriture de son fils et ne cesse de la comparer à son passeport. Il cherche son nom. Mais rien. Impossible de reconnaître quoi que ce soit sur ce bout de papier. Il est si loin de chez lui qu’il ne reconnaît pas son propre nom, écrit de la main de son propre fils. Cheng est terrorisé par cet inconnu, mais il est fier aussi, et heureux. Il voyage en Suisse, s’en va à la conquête des montagnes et des chalets. Avec un fils capable de déchiffrer le si joli code secret des gens de l’Ouest.

<

>