les minuscules

 

Les extras

 

Je m’arrête au tea-room pour dames. J’aime l’endroit, molletonné, désuet, féminin. Les grandes bourgeoises y discutent de leur fondation, les petites bourgeoises des infidélités de leur mari et les jeunes mamans de toute classe de dépression et de tétons douloureux. Ces dames partagent leurs drames, ces dames savourent les divines pâtisseries du lieu, ces dames s’offrent une parenthèse. Et moi, je les regarde. Mais aujourd’hui, un-je-ne-sais-quoi diffère. L’atmosphère, légèrement autre. C’est samedi, le tea-room pour dames est plein. Le brouhaha couvre les conversations, l’intime. Et puis quelques hommes accompagnent ces dames. Mais non. C’est autre chose qui brouille mes habitudes. Mon café arrive et je réalise. La serveuse habituelle ne travaille pas seule. Cette femme charmante, entre deux âges, un peu maternelle est assistée par deux extras. Deux jeunes hommes, presque des garçons. Sourire confiant, conquérant. Chemise blanche tendue sur des pectoraux fermes. Et plissée sur les ventres plats. Le propriétaire du tea-room pour dames a décidé que le samedi, la gourmandise de ces dames ne saurait se résumer aux seules pâtisseries.

 

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