les minuscules

 

Les mains

 

Je sens un regard sur moi. Un regard léger, timide. Je tourne la tête. Il baisse les yeux et rougit. Il se cherche une position sur le siège du tram. Il s’affaisse un peu, écarte les jambes. Il essaie de prendre de la place. Comme un homme. Il a quinze ans. Sa peau s’est épaissie sous la poussée d’hormones et quelques boutons viennent confirmer la puberté, mais il est encore imberbe. Il est petit et si mince que ses épaules lui donnent déjà une allure virile. Il n’a pas trouvé de position à la hauteur de ses espérances. Il bouge, tire sur ses jeans, cherche quelque chose qui n’est pas là. Il se redresse, me jette un nouveau coup d’œil et se rabat sur ses ongles. Il les ronge, il les triture, il les caresse. Il joue avec ses doigts comme un enfant. Et pourtant. Pourtant ses mains sont larges, épaisses. Des mains d’homme. Des mains qui ont poussé avant tout le reste. Des mains qui disent qu’un jour il osera sourire aux femmes.

 

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