les minuscules

 

Les souris

 

Je sirote, danse un peu, pousse mon amie qui tombe le joli garçon de la sécurité. Je fais un clin d’œil à la quarantenaire qui me caresse de ses yeux mal maquillés. Elle rougit et reste seule dans son placard une soirée de plus. Je laisse les regards des hommes glisser sur moi. C’est chaud. Je prends quelques mains, je tournoie, mais ne laisse pas les bras se refermer sur moi. Le chat maintient les souris à distance. J’ai soif. Je suis seule au bar, sans la protection de mes amis, les regards se font physiques. On m’agrippe une fesse, on me chuchote des flatteries creuses et obscènes. Et puis, lui. Il est l’heure. L’heure où un vieil alcoolique peut se fondre dans une soirée. L’heure où on ne le remarque plus, l’heure où son attitude colle à l’ambiance, l’heure où les gens lui répondent lorsqu’il parle. Il me dit que je suis belle. Je laisse sa main sur mon épaule. Pendant cinq minutes, je joue le jeu. Comme s’il était charmant, comme s’il était jeune, comme s’il était beau, comme s’il pouvait séduire une femme, toutes les femmes. Avec ses paupières lourdes, sa peau épaisse et son haleine douteuse, il me fait du bien. Il me rappelle ce que les souris peuvent avoir de beau, de fragile.

 

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