les minuscules

 

Les larmes

 

14 novembre 2015. Lendemain d’hier. Une journée de soleil et d’hypersensibilité aux sirènes se termine à Genève. Genève si proche, Genève si loin de Paris. Deux soupes vietnamiennes à l’emporter. J’attends au comptoir, j’attends d’être réchauffée par le liquide épicé et la sécurité de mon canapé. Lui, il mange des nouilles sautées. Seul. Il a trente ans, peut-être trente-cinq. Il perd déjà quelques cheveux, il n’est ni beau ni laid. Un type normal, quelconque. Il boit de l’eau. Peut-être pour préparer une grosse soirée, peut-être pour ne pas s’abîmer avant d’aller travailler. Et il pleure. Il pleure comme un homme, discrètement. Deux larmes s’évanouissent dans sa serviette jaune. Paris ? Un amour perdu ? La sauce piquante ? Son téléphone clignote, il l’attrape. Quelque chose le fait sourire. Il paie et s’en va comme il a pleuré, sans bruit. Je doute. Je doute de ses larmes. N’étaient-elles qu’un simple reflet ? Un reflet de l’intérieur ? De l’intérieur de mon ventre, de ma poitrine, de mon cou serrés de pluie salée ?

 

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