les minuscules

 

L’esprit du père

 

Des bougies, des rires, du vin. Tradition douce et rassurante. Nous nous laissons bercer par les bonnes odeurs de la cuisine et la petite musique de nos discussions. La grande table, la famille. J’ai pris ta place. Personne ne la veut jamais cette place. C’était la tienne et tu n’es plus là pour la prendre. Personne ne veut présider, en bout de table, en patriarche autoritaire et protecteur que tu étais. Pourtant, c’est la meilleure des places. On les voit tous de là-haut. Les enfants, les petits-enfants et l’arrière-petit encore bien blotti dans le ventre maternel. Je les regarde avec fierté, je me prends pour toi. Autour de la table, ils ne se ressemblent pas vraiment et pourtant, ils ont tous quelque chose de toi. Ils revendiquent tous, quelque chose de toi. Une montre, un livre, une pensée, un nez. Je mange avec ta fourchette, l’argent marqué de tes initiales. Je revois ta longue main qui chassait les miettes. Je te sens nous regarder, moi qui ne crois ni aux dieux ni aux anges. Les années, l’absence n’effacent rien. Tu es toujours là, comme à contre jour de nous.

 

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