les minuscules

 

Le touriste

 

De petites tables, des chaises en plastique bleu, des marchands de pacotille, de la bière fraîche. Plaza Dorrego. Le touriste s’assied, repose ses jambes lourdes d’un soleil qui décline enfin. L’heure de l’apéro. Les yeux se baladent sur les façades coloniales, on trinque, on rit, on profite de ses vacances en anglais, en allemand, en hollandais. Puis, le tango grésille dans de vieux haut-parleurs. Un couple de danseurs se présente. Des professionnels. Des vêtements de spectacle, des paillettes, du maquillage épais. Élégance, attitude, pirouettes. D’habiles automates. Pourtant, la place applaudit. Et lui, le touriste allemand, reste bouche ouverte, son regard collé à la femme qui danse. Sous le fond de teint et les frous-frous mités, on devine une beauté. Et puis, le corps agile pourrait prendre feu avec un partenaire autre que le petit frère. Les pieds sur ses sandales en plastique, comme déjà prêt à danser, le touriste allemand imagine. Il ne ferme pas la bouche. Sa compagne, une blonde qui porte aussi des Birkenstock, n’a rien perçu du choc esthétique qui s’est joué à ses côtés. L’Argentine vient de lui voler son homme et elle ne se doute de rien.

 

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